Résumé

Dans le cadre des nouvelles écritures de la recherche, Pauline Picot, qui est à la fois autrice dramatique et chercheuse (titulaire d’un Doctorat en Études théâtrales) propose de réfléchir à la tension entre corps, mot et geste dans sa propre démarche d’écriture. Au fil de ce texte poétique où la recherche se veut performée, Pauline Picot évoque des textes comme Les Possibles de son corps paru aux éditions Quartett en 2012 ou Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt paru également aux éditions Quartett en 2022. Les auto réflexions critiques qu’elle déploie autour de ses propres outils et de son processus d’écriture croisent ici des considérations qui débordent le strict périmètre de sa production pour s’inscrire en dialogue avec tout un paysage textuel et scénique de la création contemporaine. Ce texte hybride tient à la fois du témoignage, du poème dramatique, du monologue intérieur mais il relève aussi d’une tentative de théorisation et d’analyse d’une pratique singulière de l’écriture. 

Mots-clés

Plan de l'article

Télécharger l'article

Qu’est-ce qu’ils vont me faire ? Rien. Je suis folle, ils vont rien me faire.

C’est une fête. Là pour le coup ce serait pas festif du tout, de mon point de vue à moi ce serait raté.[1]

 

C’est maintenant ça ne peut être que maintenant ça doit être maintenant cette fois-ci – qu’il ne parte pas – que vous ne partiez pas.[2]

 

Tension

Le mot n’est pas défini

En premier lieu

Comme mouvement

Mais comme état

État d’un corps qui a perdu sa souplesse

Pour se rigidifier, se contracter

On préfère insister sur le résultat, l’inerte

(un corps tendu)

Que sur le mouvement qui l’a vu se tendre

Ou sur celui, peut-être invisible

Mais sans doute plus intense

Qui le fait se retendre constamment

Pour demeurer sur le fil entre

Mouvement et immobilité

Entre rigidité et souplesse

Perpétuellement à la limite

Dans un insupportable à être

Dans le champ des beaux-arts, on l’entend

Par le bel oxymore de dynamisme contenu

Et c’est cet élan retenu

Cette inertie prête à l’à-coup

Cette mobilité immobile

Ce dynamisme contenu qui fait

Mouvement ou geste d’écriture

Dans Les Possibles de son corps

Paru aux éditions Quartett en 2012

Et dans

Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt

Paru aux éditions Quartett en 2022

 

Dans les deux textes donc : une tension

Structurant tout et tenant tout

C’est un principe très physique

C’est comme un élastique

Comme un muscle

Comme un jean

Comme une érection

Mais sans corps spongieux disons que

L’écriture se tend autour d’une béance

Autour d’un trou

Ce premier et ce dernier texte sont

En tension autour d’un trou

(Qui serait ce que je ne veux pas voir, donc que je ne peux pas dire)

Mais une tension qui change de qualité

Entre les deux textes

 

Dans Les Possibles, c’est la tension entre

L’attente d’un corps offert

Et la retenue des mots pour dire cette attente

Dans Votre âme sœur, c’est la tension entre

Un corps absolument contenu

Et le déversement de la parole

 

Entre ces deux textes

Dix ans à écrire depuis, avec et contre

Mon corps

À découvrir à quels désirs extérieurs il se plie

Dix ans à départager mes désirs

De ceux que j’ai incorporés

Et que littéralement, à mon corps défendant,

J’incarne :

Me tenir prête à l’emploi

Vérifier que rien ne déborde, ne coule

Que mon âme n’est pas disproportionnée

Que mon corps ne dysfonctionne pas

Puis attendre résolument

Indéfectiblement

De me donner absolument

À l’autrui mâle

 

Dans la vie, c’est une chose (privée)

Dans l’écriture, c’est un jeu

Car ma langue connaît

Mon corps mieux que moi

Mon désir mieux que moi

En joue

Se joue de moi

Et de ma promptitude à m’ouvrir, m’offrir

Corps avec âme

 

– J’attends mais je ne comprends pas. J’ai fait tout ce qu’il faut normalement faire, pourtant. Hanches ouvertes, mains tendues, cœur battant. Intelligente, forte en calcul, rompue aux subtilités de la métrique. Je sais faire preuve de sens critique et nourrir une argumentation. Mon rire produit un effet charmant en société, ni dépressif ni gras… J’ai les seins fermes et je parle plusieurs langues, je gagne raisonnablement bien ma vie et j’aime me soûler occasionnellement pour rire de moi et des autres. J’aime également faire la vaisselle. J’ai fait de nombreux stages à haute responsabilité, cinq ans de violoncelle, deux ans de harpe. J’ai récemment appris à coudre. J’ai lu tout Proust, j’ai aussi fait l’acquisition d’une paire de bas transparents. J’ai les yeux noirs, les cheveux longs et mon poids est stable depuis un certain nombre d’années. J’aime divertir une assemblée et me taire lorsque la situation l’exige.[3]

 

Entre ces deux textes

Dix ans quand même

C’est-à-dire

Le temps d’habiter mon corps

Plus longtemps, autrement

Et le temps pour ma langue de bouger

Se trouver, se fixer, se déplacer, se refixer

D’apprendre pour elle à jouer, donc

Tandis que personnellement

J’ai un peu de mal à jouer

Avec ce dont mes textes parlent

 

Dans Les Possibles cette tension

Se déploie sous la forme

D’une attente instable,

En déséquilibre

Celle d’être touchée, empoignée, caressée, agie, déplacée

Cette tension ne parle pas d’un besoin d’amour 

Elle est, plus viscéralement, un besoin du corps

Le besoin d’être au contact de l’autre

Selon une modalité précise :

Qui en touchant ôte tout le poids d’être

Qui en touchant prend en charge

Qui en touchant prend la charge

Du corps comme masse de membres et d’os

Livré sans notice avec urgence de montage

L’obsession du corps en kit 

En écrivant ce texte je ne l’attise pas

À des écritures parentes

(je lis encore peu de textes contemporains,

par peur d’écrouler ce que je suis en train de fabriquer)

Je l’attise par la danse

Showroomdummies de Gisèle Vienne

Amelia d’Édouard Lock

Des corps féminins à la fois virtuoses

Sublimes de maîtrise

Et absolument réifiés

Et dont la réification

Avant de tenir propos

Est d’abord un principe dynamique

De poids et de contrepoids

C’est ce que je fais à l’aveugle avec

Les Possibles de son corps

Dans un jeu de tirés poussés

Tout le texte est une demande

De prise en charge, de relève

 

- Porte-moi nous allons essayer

- D’accord

- Là

- Comme ça ?

- Mieux que ça

- Comme ça ?

- Avec plus de conviction

- Voilà

- Plus de gravité

- Oui

- Plus de désespoir métaphysique

- Comme ça ?

- C’est bon

- Ça te fait mal ?

- Non

- Je peux faire ça ?

- Oui

- Et ça ?[4]

 

Cette demande

De prise en charge, de relève

Vient concrètement

De deux endroits dans le texte :

La voix et la didascalie

Qui déploient deux féminins

La voix est humaine mais tend

À une telle perfection,

Une telle désirabilité

Qu’elle pourrait tout aussi bien

Venir d’un mannequin

La didascalie, abondante

(et partie intégrante du texte)

Décrit explicitement

Un corps de poupée, de marionnette

Empoigné rejeté empoigné

Et dont le fragile matériel

Évoque le fragile humain

 

[…] cela fait trop longtemps qu’elle n’a pas dit un mot et peut-être n’a-t-elle jamais parlé de sa vie. Son dos est lisse, blanc et froid. De ses yeux glacés elle leur demande de l’animer un peu, de la manier – peut-être fouiller dans sa jupe. Elle veut leur faire un sourire spécial mais c’est toujours le même, pourtant elle voudrait exprimer autre chose, quelque chose de précis, d’inédit cette fois, ses poignets fins éclatent, tendus dans leurs manches mal cousues dont les fils dépassent.[5]

 

Ces deux instances demandent donc

D’être relevées de leur corps

Corps encombrant parce que trop demandeur

Donc pas demandé

Tout cela étant bien sûr absolument genré

Injonction incorporée :

(littéralement : absorbée et digérée)

Il faut se faire désirer

Et pour se faire désirer

Il ne faut pas réclamer

Ce n’est pas sexy

Alors le corps urgent va gêné et gênant

Hystérique façon XIXe, vierge et enflammé

C’est fascinant merci mais on n’en veut pas

Et comme il ne faut pas faire désordre

On emberlificote son désir

Ce qui se paye, dans la forme du texte,

D’un hermétisme maladroit

Elle n’a pas le courage de dire : je désire

Et moi je n’ai pas le courage de dire : je

Il me faudra dix ans pour ça

 

– Peut-être que ce soir quelqu’un s’avancera vers moi et me dira qu’il me désire. Je ne sais pas si on dit ça, je te désire comme ça en s’avançant simplement vers l’autre. Si on me dit je te désire ça veut dire qu’il faudra tout pousser contre les murs et m’accoupler pour honorer ça ? Je ne sais pas, je n’ai pas appris. Moi je suis très romantique je crois. Dans mon cœur j’ai l’impression d’avoir de grands sentiments. Oui j’ai été faite pour abriter de grands sentiments. S’il fallait m’accoupler immédiatement je ne sais pas si je pourrais.[6]

 

Retour aux Possibles

C’est assez difficile pour moi de retrouver

Ce texte où je n’a pas encore pris la parole

Où ça parle pour moi et ça dit :

je veux, je veux, je veux et

je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas

Où l’écriture se débat entre

Des injonctions sexistes

(que je commence seulement, alors, à soupçonner comme telles)

Et des abandons sincères

(que je réitérerai jusqu’à ma mort, car c’est ma seule façon d’être vivante)

Je suis moi-même gênée par l’impudeur

De celle qui parlait

Alors que franchement, il n’y a rien d’objectivement obscène

De cru, de trash, de violent

On ne voit jamais ces trous qu’il faut d’urgence remplir

(ceux du corps et de l’âme)

On ne voit qu’un trop-vide qui fait trop-plein

J’en ai déçu plus d’un – et plus d’une – avec la couverture

(Représentant une femme attachée selon la technique du shibari)

Qui ne parle pas du texte dans son contenu, mais dit tout de son mouvement :

Un texte sanglé sur lui-même avec des bourrelets qui débordent

Un corps sanglé sur lui-même avec de la voix qui déborde

D’ailleurs je n’ai pas choisi le titre

La formule est prise dans mon texte

Mais le fait de l’avoir isolée

Accroît cette impression que

C’est bien depuis mon corps que je parle

Mais ce n’est pas de mon corps que je parle

 

Tension donc

Entre un je assumé et un je ventriloque

Entre l’humain et la marionnette

Entre la didascalie et la voix

Entre le dire et le pas dire

Entre je veux pas et je veux

Tellement écartelée que ça vibre

Tellement vibrante que ça oscille

 

Et la résolution ne peut être

Que de remplir

À la fois le trou qui parle

Et le trou qui fait béance

Par une main

(c’est la fin du texte)

Quand j’avais vingt ans j’y voyais

Bien sûr

Une pénétration mais aussi

Un érotisme qui prolongeait

L’imaginaire de la marionnette

J’écris alors le marionnettiste

Et même avec ça, j’ai du mal aujourd’hui

Car pourquoi cette main

Qui bouche ce qui déborde

Ne serait-elle pas la mienne ?

La main de moi-même

Venant au secours de moi-même ?

Impossible, à l’époque c’est bien

Un homme, l’homme

Je suis tendue vers lui

Ce n’est peut-être que ça

Et si ce n’est que ça, alors mince

Gros doute

Si la tension de mon écriture

N’est que désir d’un homme

Quand un tel homme sera venu

Que je serai rassasiée

Que deviendra cette tension

Imprimée dans un livre ?

Je me pose avant publication

La question du texte dans la durée :

Ce qui le tend

Tend bien d’autres corps

Alors mon désir pourra-t-il

Hors de mon corps être

Pris en charge

Par un, une autre ?

Et si ce n’est pas du désir

Au sens sexuel du terme

Si la béance vient d’ailleurs et si

La tension du texte est autre alors

Qu’est-ce qui pourra remplir le trou

Refermer la béance ?

 

Spoiler alert : rien

Alors ça va parler

Encore et ce trou

Qui dans Les Possibles était

Point aveugle aspirant

Trou noir donc

Dans Votre âme sœur

C’est un gouffre apprivoisé

10 ans à l’apprivoiser donc

Je tourne autour

Je m’en approche dangereusement

Comme un enfant qui va faire

Une grosse bêtise

Et la tension

Qui dans Les Possibles était

Presque intenable et asphyxie le texte

Dans Votre âme sœur je m’en sers

Comme levier pour dévider la parole

 

Installation de fête pour 30 personnes : tables abondamment garnies, assiettes de toasts et de verrines, verres en plastique, saladiers de punch avec louches. Il n’y a aucune chaise sur le plateau. Une guirlande de fanions triangulaires suspendue […]. Texte écrit sur la guirlande : « Votre âme sœur est peut-être dans cette pièce ». Dispersés au sol des ballons assortis à la guirlande.[7]

 

Contrairement aux Possibles, la situation

De Votre âme sœur est claire, transparente même

Voire assez convenue :

(c’est ce qu’il faut pour introduire un bug)

Une fête est prête, une femme attend

L’arrivée de ses invités, guirlandes, verrines

Seulement : la parole fait comprendre

Que ce n’est pas elle qui a préparé tout ça

Qu’elle est enfermée dans la pièce

Comme dans une petite boîte

Dont le couvercle s’apprête à être

Délicatement soulevé ou

Violemment arraché

Car ses invités, dit la parole

Sont trente hommes

Et puis la musique boucle – depuis quand ?

Un an, dix ans ? Et puis la fête est prête

Et la femme offerte sur plateau

Depuis quand ? Un an, dix ans ?

Impossible de dater sa disponibilité

Alors elle se tient debout

Absolument rigide, pas drôle, premier degré

Pas là pour s’amuser mais pour trouver l’âme sœur

C’est ce qu’on lui a dit mais aussi

C’est peut-être ce qu’elle veut

Je n’ai pas tranché

La question du désir

Que l’on doit susciter

Que l’on peut ressentir

Impératif carcan ou

Nécessité du corps

Et dans ce carcan-corps

Qui est celui du personnage

Peut-être aussi de la comédienne

Et peut-être aussi le mien

Ou celui de beaucoup d’autres

La parole jaillit

Librement les fantasmes

Se déploient les pensées

Illégitimes les délires psychotiques les

Fragments de contes les recettes infaillibles

De séduction les faux souvenirs vrais traumas

Comment savoir

 

Un jour elle m’a dit bon j’arrête et si on jouait plutôt je crois qu’on n’a jamais joué ensemble est-ce que tu aimerais ? J’ai dit oui et elle m’a endormie en m’étouffant, quand j’y pense c’était pas un jeu super amusant. Je me suis réveillée sur une table et là effectivement en baissant les yeux sur mon corps j’ai pu voir que je n’en avais presque plus, et un médecin m’a dit que j’étais restée une enfant et que c’est pour ça que je ne savais pas ce qui était bon pour moi enfin bon moi c’est ce que j’ai retenu, il m’a dit je peux te faire grandir et je lui ai dit ah bon mais comment vous allez faire et je le trouvais totalement à côté de ses pompes, je lui parlais de la chaise sur laquelle je restais tout le temps et lui il me répondait rognons onglet filet rumsteck bavette, je lui disais mais ça vous intéresse pas ce que je vous dis, vous écoutez pas ce que je vous dis et après il m’a donné une ordonnance avec tendron collier plat-de-côtes-hampe écrit dessus et on est rentrées à la maison.[8]

 

Ça parle peut-être d’une mère violente

Ça parle peut-être d’anorexie

Ça parle peut-être de viol collectif

C’est peut-être quelque chose de très grave

Peut-être quelque chose de pas grave

Et ce n’est peut-être rien de tout ça :

Juste du dire

Souvent c’est cette femme qui dit

Parfois elle est ventriloquée

Par une voix étrangère à son corps

Celle qui sait comment on doit plaire

Comment on doit être et qui

Elle-même est ventriloquée par

Du roman de gare

Du dossier Elle

Du profil Tinder

 

– Et si l’un d’eux est là son visage tout près du mien avec ses yeux de tropiques et son parfum de cuivre et de poivre, et qu’il me dit tu sais moi mon truc c’est de les soumettre et qu’il sourit, je sais c’est pas terrible mais c’est mon truc, alors moi je sourirai aussi et nos regards se riveront l’un à l’autre comme ils disent et moi je siroterai […] et je ne saurai plus quoi dire mais je sourirai car c’était peut-être une blague et l’humour aussi est une vertu.[9]

 

La didascalie vient constamment ramener

La parole en laisse à la situation

Musique qui boucle

Projecteurs qui harcèlent

Immobilité qui contraint

Mais la parole se fait la place

Se déverse et refait la béance

On a eu beau sangler le corps

Le préparer l’ajuster le servir

Contre la parole on ne peut rien

Elle se permet de résister

Je pense aux écritures que j’ai

Rencontrées entre 2012 et 2022

Alexandra Badea

Mariette Navarro

Samaële Steiner

Ces écritures sœurs

Denses, chargées, surchargées

Où la langue dit tout, donc fait tout

Et fait tout advenir

Langue refuge, langue liberté

Ces écritures qui disent, chacune à leur manière

Le corps (aliéné / en transformation / émietté)

Mais qui parce que la langue sature tout

Posent la question de ce qu’il reste

Comme place

À la physicalité

Je crois me situer là

 

Qu’est-ce qui va se passer quand il approchera sa peau comment – comment ils disent sa peau d’ivoire ou d’ébène, sa peau de marbre chaud, comment je vais fondre, je ne pourrai pas m’empêcher de fondre même s’il me dit que ce moment n’est pas exceptionnellement sentimental pour lui mais juste agréable et tout au plus sympathique. Je fondrai parce que je sais que je fonds. Je sais que tout pour moi est exceptionnellement sentimental. Je sais que je suis toujours prête à fondre sous un regard, sous une main. Je me vois déjà fondre. Ce sera les cheveux en premier, on dit que c’est les cheveux qui fondent en premier. Puis les ongles. Je fondrai à ses pieds et il continuera le slow tout seul en clapouillant dans la flaque de moi.[10]

 

Tension donc

Entre le corps qui fond et la parole debout

Entre les didascalies qui contraignent et le dire qui libère

Entre le corps paralysé et le verbe feu follet

Entre un je assumé et un je ventriloque

Entre l’humain et le mannequin

Entre je veux toujours

Et je veux toujours pas

Entre le vrai et le pas vrai

Mais ça n’écartèle plus ça joue

Ça s’amuse à vibrer, à osciller

 

Et la résolution pose problème

Car maintenant la béance

Même si je ne sais

Toujours pas

Ce que c’est ou

Ce qu’il y a au fond

Je sais qu’elle est à moi

Le trou est circulaire

Revient de moi à moi

Alors comment résoudre ?

Et puisque je ne peux

Me résoudre alors comment finir ?

C’est la faiblesse du texte

Un déclic final qui fait un peu

Pétard mouillé

J’aurais dû dire : il n’y a pas de déclic

Cette fin ne fait pas fin

Revenez page 1 SVP

La boucle est pour toujours

La tension pour toujours

La béance pour toujours

Je suis le trou qui parle

Le trou qui fait béance

Et ainsi je vivrai béance

Béance qui parle et qui danse

 

Mais ce n’est qu’en écrivant

Pour m’adresser à vous

Que mon corps s’est pris cette netteté

De plein fouet et là quand je le dis

Netteté fouet encore car la langue sait

Le corps qui ne sait rien

Alors à dans dix ans

 

NOTES


[1] Pauline Picot, Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt, Rosny-sous-Bois, Quartett Éditions, 2022, p. 39.

[2] Id., Les possibles de son corps, Rosny-sous-Bois, Quartett Éditions, 2012, p. 13.

[3] Ibid., p. 17.

[4] Ibid., p. 33.

[5] Ibid., p. 23.

[6] Id., Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt, op. cit., p. 30.

[7] Ibid., p. 13.

[8] Ibid., p. 20.

[9] Ibid., p. 31.

[10] Ibid., p. 29.

 

AUTRICE

 

Docteure en Études Théâtrales, Pauline Picot a soutenu une thèse sur l’imaginaire du fluide dans le théâtre français au XIXe siècle sous la direction de Mireille Losco-Lena à l’Université Lumière Lyon 2. Elle est intervenante à l’ENSATT Lyon en dramaturgie depuis 2018, et contributrice permanente à la revue Synapsis publiée par le département d’Humanités Médicales de l’Université de Columbia (New York). Pauline Picot est également autrice ; les éditions Quartett publient ses textes théâtraux depuis 2012. Sa dernière pièce, Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt (2022), est mise en voix au Théâtre du Rond-Point en février 2023. Elle vient d’être accueillie en résidence par Texte En Cours en partenariat avec Montpellier Méditerranée Métropole, dispositif dont elle a été la première lauréate.

Du même auteur

Tous les articles

Aucune autre publication à afficher.